Préface de L'appel du Sáo (version française)

Publié le par Do-Hurinville

 

 

Préface


Il y a quelques années, lorsque j’ai lu Odeur fauve, parue dans un recueil des meilleures nouvelles d’un concours de jeunes écrivains vietnamiens, j’ai été séduit par cette œuvre dès les premières lignes et très ému par son dénouement tragique. J’ai alors décidé de la traduire en français pour la présenter à mes amis, qui se sont spontanément intéressés à cette histoire originale.


Cette passionnante expérience, à la fois linguistique et culturelle, permettant d’évoquer en français des pans entiers de ma culture d’origine et la saveur de ma langue maternelle, m’a incité à traduire d’autres nouvelles pour en former le présent recueil, composé de dix œuvres dans lesquelles l’atmosphère des contes traditionnels et la réalité quotidienne sont habilement mêlées. Chaque auteur y peint à sa manière un tableau du Vietnam contemporain, en pleine reconstruction après tant d’années de guerres douloureuses, tout en traitant de grands thèmes éternels.


L’amour et ses multiples facettes. Ainsi l’amour impossible entre une rescapée de la guerre et un bel étudiant en lettres, dans La survivante de la forêt qui rit (Vo Thi Hao), et l’étrange union d’une dompteuse de fauves et d’un professeur de mathématiques, dans Odeur fauve (Quy The). L’amour d’un enfant courageux de six ans pour son père en prison, dans A la recherche du père (Le Thanh Hue), ou encore l’amour d’un père qui se sacrifie jusqu’à donner à son fils le « bien » le plus précieux pour qu’il puisse perpétuer sa lignée, dans Le tailleur (Pham Hai Van). Un amour et une complicité fraternels sont contés en quelques lignes émouvantes, dans Le grand frère (Ly Thanh Thao) et dans Le bâton d’encens (Nguyen Ngoc Moc), tandis qu’une scène de ménage orageuse prend fin sur une note inattendue et drôle, dans La mouche (Nguyen Nhat Anh).


L’amitié entre un jeune orphelin de père et un vieillard rejeté par son village natal n’est-il pas aussi une forme d’amour, dans La lune orpheline (Vo Thi Hao) ? Dans L’appel du Sáo (Bich Ngan), l’auteur rend hommage à l’amour conjugal en dotant un oiseau de la parole humaine.


Le surnaturel trouve aussi sa place dans trois de ces nouvelles. Dans L’appel du sáo, l’âme d’un homme « emprunte » une enveloppe animale pour rendre visite à sa femme et la consoler dans son malheur. Dans La lune orpheline, le vieux Nhat échappe toujours à la mort, jusqu’au jour où son patriotisme en décide autrement ; seul le petit Nha croit à son acte héroïque et fait un rêve étrange aux confins du réel et de l’irréel. Dans Le tailleur, plane le fantastique avec un mélange étonnant et original du conte merveilleux traditionnel et de la modernité de la société actuelle : une punition céleste à l’encontre des tailleurs cupides, qui rappelle le proverbe vietnamien : « Le père mange salé, le fils a soif ».


La poésie, un des thèmes privilégiés de la littérature vietnamienne, est abordée avec beaucoup d’humour et d’humeur, dans Le poète (Luu Quang Vu). Le vietnamien est une langue qui se prête à merveille à la poésie, et chaque vietnamien est potentiellement un poète, comme l’a autrefois observé un missionnaire. Mais ici le poète en herbe se rebelle : aussi malicieux que talentueux, le jeune barde sait décevoir son père pour s’affranchir de sa domination. Un choix risqué, mais réussi…

 

Paris, juin 2006

Le traducteur (Do-Hurinville)



Publié dans Traductions

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